Joystick : le blog officiel

L'Interview Fleuve, Part Two

Posté le 21/06/2010 à 17:30 dans la rubrique Hypoallergénique

Et voila la deuxième partie de l'interview de l'intarissable Philippe Dubois. Cette fois ci, il sera question de dématérialisation, et du comportement des éditeurs face à leur propre mémoire.

 Par Savonfou


Est-ce que la question du support est importante quand on parle de conserver l’histoire du jeu vidéo ? Est-ce qu’un Final Fight qui sort dans sa version arcade sur XBLA ou PSN peut être considéré comme une façon de conserver ce jeu ?


 

Plus on va vers la dématérialisation plus on tend à transformer le jeu vidéo en produit de consommation courante. A partir du moment ou le soft circule sur le XBLA, on n’a déjà plus affaire à la même œuvre, elle a été réadaptée pour être compatible avec une technologie actuelle. A l’époque, on avait une technologie cathodique qui était tout sauf précise et qui permettait aux designers qui travaillaient avec une palette de couleurs réduite de jouer sur ce flou pour recréer quelque chose de plus joli. Aujourd’hui, on ne peut plus se permettre d’avoir ce damier de couleurs sur nos écrans modernes, ce serait abject et visuellement fatiguant. Conserver l’œuvre originale sur les machines originales avec les moyens d’affichage originaux est primordial. C’est comme voir un Metropolis colorisé, c’est une dénaturation. Ce genre de portage permet d’approcher l’œuvre mais pas d’en saisir l’essence. A mon avis, il vaut mieux amener le public à découvrir l’œuvre sur son support original.

le problème de la dématérialisation, c'est qu'en perdant le support, que ce soit une cartouche, un CD, un DVD, peu importe, on perd les éléments culturels qui y sont liés comme la jaquette ou le manuel d’instruction, et on perd la faculté de stocker facilement ces jeux. Ce qui se passe maintenant, c’est que l’on stocke des jeux de façon temporaire, qui disparaitront si l’on change de matériel ou si l’on a besoin de libérer de la mémoire. On perd en outre la capacité de faire voyager le contenu d’un support à l’autre en liant chaque copie d’un jeu à une seule machine. Nous derrière, quand on fait la démarche de demander à Nokia leur première version de Snake sur Nokia 3310, on se rend compte que c’est impossible car personne n’a conservé son mobile de l’époque ou que ceux que l’on récupère ont une mémoire altérée. On arrive à une sorte de limite à laquelle nous convient les éditeurs en nous demandant de télécharger du contenu. Le support en lui-même est voué à disparaître. Si on ne met pas en place très rapidement des moyens techniques pour récupérer ces contenus dématérialisés et pour les faire tourner, on risque de tout perdre. Le contenu dématérialisé émis depuis 5 ans pourrait bien disparaître sans laisser de trace d’ici 10 ou 15 ans. Lorsque je vois des éditeurs qui font tout pour que l’on télécharge les jeux et les DRM qui nécessitent que l’on se connecte en live pour jouer, je me dis que la conservation des jeux qui sortent en ce moment n’est pas du tout assurée. Si les serveurs auxquels on doit se connecter pour jouer à Assassin’s Creed 2 n’existent plus dans deux ans, on ne pourra tout simplement plus jouer à Assassin’s Creed 2. Je trouve ça hyper dommage. Il faut que les institutions demandent aux éditeurs de nous fournir des éléments hors cadre de cette consommation grand public entièrement dédiée à rendre les joueurs amnésiques. On est en face d’un grave problème car les acteurs industriels font tout pour que nos mémoires se raccourcissent.


 

 

Jusqu’à présent, l’essentiel du message véhiculé par les expositions de rétro-gaming sont centrées sur la nostalgie. On s’adresse plutôt à ceux qui ont connu l’époque dont on parle. Au final, on parle peu à ceux qui sont étranger à l’univers du JV, pas plus qu’aux jeunes joueurs pour qui l’ancêtre du jeu vidéo est la PSONE. Maintenant que le Jeu Vidéo à 38 ans d’existence, est-ce que l’on ne peut pas commencer à étudier la question de façon un peu plus froide, comme on étudierait l’histoire du cinéma ou de la Télévision ?


On y vient. Pendant longtemps, et même au sein de nos premières expositions, on était très axés sur la nostalgie, car c’est elle qui devait nous attirer l’affect de quelques milliers de « vieux » joueurs. Nous-mêmes nous sommes très nostalgiques dans notre démarche, c’est quelque chose qui nous a forgés. Personnellement, j’ai connu mes premiers jeux vidéo sur Videopac et sur Atari 2600 à l’âge de 9 ans, je n’ai jamais lâché le morceau depuis. On part donc de cette population qui a gardé une excellente mémoire de leurs premiers programmes, qui constituent nos fidèles. Maintenant, on se rend compte qu’il y a de plus en plus de jeunes qui nous suivent et qui s’inscrivent à l’association. Des jeunes de 12 à 18 ans qui n’ont pas connu physiquement cette période, et qui nous dise « c’est génial ce que vous faites. » Pourquoi ? Parce qu’à chaque fois qu’un énième épisode d’une saga, on a nos chers amis journalistes qui remontent un peu le temps pour parler de la genèse de la série. Ce n’est pas parce que le premier épisode de Final Fantasy sur Playstation 1 fut FF VII qu’il n’y en a pas eu avant, et ce n’est pas parce que c’est plus ancien que c’est forcement moins bien. Il a eu une alimentation naturelle qui a poussé un nouveau public vers le retro gaming. J’ai eu moi-même une expérience en 2004 en la personne de mon jeune cousin qui avait 14 ans à l’époque. Je me pointe chez lui à Noël et je tombe sur un panier dans lequel il y avait une Super Ness et une Mega Drive avec des titres comme Alien Soldier, Gunstar Heroes, Valken... J’étais sur le cul, « qu’est ce que ça fait chez toi ? » lui ai-je demandé ? Il y avait certains titres si rares et chers que je ne les avais pas moi-même. Il me répond : « J’en ai entendu parler dans des magazines, et du coup je me les suis procurés ». Il s’était mis au Retro Gaming de lui-même.



Je t’entends beaucoup parler des institutionnels et des syndicats d’éditeurs de loisir, mais finalement assez peu des acteurs de l’industrie, n’ont-ils pas un rôle à jouer dans ce travail de mémoire qui les concerne au premier chef ?


 

Je vais prendre un excellent exemple. En 2004, au Japon, Nintendo a jeté à la benne à ordure un siècle d’archive : jeux vidéo, jouets, cartes à jouer, tout ce que faisait Nintendo depuis un siècle, ils l’ont jeté à la rue. A partir de là, je pense que l’on peut dire que la majorité des éditeurs n’en a rien à foutre de leur histoire. Au contraire, même, ça les emmerde, à par quelques rares exemples. Pour eux, on draine une partie de leurs potentiels clients en les amenant accès à de vieux jeux. On leur permet d’avoir du recul par rapport aux productions contemporaines, et d’en analyser la potentielle médiocrité. Si on ne connaît pas ce qui s’est fait avant, tout nous parait formidable, y compris le dernier gros blockbuster qui tache. Prenons l’exemple des jeux en 3D, cela fait 20 ans que ça existe. Si j’arrive avec ma Master System avec ses lunettes 3D de 1987 et mon écran multi 5 120 Hz qui permet d’afficher deux fois 60 Hz, quel va être le discours du commercial qui à coté essaye de vendre une technologie prétendument extra moderne ? Et ce qui est valable pour le matériel est valable pour le gameplay, qu’est ce qui me dit que le jeune de 8 ans ne va pas beaucoup plus s’amuser sur le premier Super Mario sur NES que sur le dernier Super Mario de la Wii ? C’est bien là le problème de la majorité des éditeurs et des constructeurs. C’est pour ça que depuis 2007, les fans d’Apple qui venaient avec leurs collections de vieilles machines pour montrer l’évolution de Macintosh n’ont plus droit de citer à l’Apple Expo. Ils ont foutu dehors tous les prestataires qui vendaient les vieux Macintosh en disant qu’ils ne voulaient que du contemporain, de l’iPhone et de l’iPad. Ils ont éjecté toute leur histoire sous prétexte que cela pouvait potentiellement mettre en danger leurs ventes de produits modernes.

Pour moi, on part vers un nouveau clash du jeu vidéo, comme en 1983. On commence à voir des avalanches de titres de commandes interchangeables qui n’apportent rien, et pour moi c’est un signe annonciateur très net. Peut être que ce sera une étape nécessaire pour nous faire comprendre qu’il ne faut pas laisser le jeu vidéo entre les mains de gens qui veulent juste en faire un commerce. Je pense que l’on va vers un grand chamboulement qui va tout remettre à plat.

Ma Bulle de Savon :

Même si cela ne nous parrait pas évident, il arrivera un jour ou Starcraft II sera un morceau de l'Histoire du Jeu Vidéo, ce morceau sera t'il perdu le jour où Battlenet n'éxistera plus ? Nul sytème en ligne n'est immortel, après tout, c'est bien cela qui est préoccupant. Philipe Dubois a sans doute raison quand il dit que certains éditeurs cherchent à nous éviter de mettre en concurence productions passées et présentes. Il serait cruel de comparer le dernier Splinter Cell avec n'importe quel opus de la série des Thieft, alors autant faire croire que les Thieft n'ont jamais éxisté. C'est à chacun d'entre nous de s'interroger sur notre rapport à l'Histoire, en d'en tirer l'expérience pour ne pas nous faire avoir quand on nous faire croire qu'en dehors du jeu de tir à la troisème personne, il n'éxiste point de salut.
 

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232 in da place !

Posté le 09/06/2010 à 17:05 dans la rubrique Tiz



Le 232 va arriver, et sans cahier HD s'il vous plait (pouet).
Au menu :

- 8 pages sur Deus Ex après la visite de Lucky dans les studios canadiens.
- Un dossier complètement barré signé de notre ami Savonfou, intitulé Devenez un Homo Pécéiste (photos compromettantes inside)
- Chronique : Le sport électronique frappé en plein coeur
- Interview Tim Willits
- Betas et Tests : Two Worlds 2, Fallout New Vegas, Heroes of Newerth, Alpha Protocol, Prince, Sam & Max ep302...
- Dossier Un PC in the pocket : ces machines de poche qui vous feront revivre les grandes heures du jeu PC.
- Du rezo : Mytheon, Atlantica, Splinter Cell Conviction, L4D2...
- Et toutes vos rubriques habituelles !

Le jeu complet : Imperium Romanum

Bonne lecture :)

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L'interview fleuve, part one

Posté le 08/06/2010 à 17:34 dans la rubrique Hypoallergénique

Philippe Dubois est un être bavard au delà du raisonnable. Président de MO5.com, l'un des principaux artisants du retrogaming en France, je suis aller le voir pour une interview qui s'est vite transformée en un entretien autour des sujets d'actu au cœur de sa spécialité. Voici donc la première partie, où nous devisons du Musée du Jeu Vidéo, et des projets de MO5 pour la conservation de l'histoire du jeu Vidéo en France


Par Savonfou

  

 

Au-delà de tout ce qui a pu filtrer et être amplifié sur Internet, je voulais savoir quelle était votre version de la « polémique » opposerait au Musée du Jeu Vidéo de La Défense ? Si tant est qu’il y en ait une bien sur.


 

Il y a plus ou moins un contentieux entre nous et Alerte Orange, mais c’est de l’ordre du détail car nous nous félicitons de toute initiative, fut-elle incomplète, pour valoriser le patrimoine du jeu vidéo. Depuis notre communiqué, nous n’avons fait aucune action à l’encontre du musée, nous n’avons pas fait de commentaires ou d’articles sur des forums. Tout le bureau de MO5 s’en est tenu à ce communiqué du 2Mars qui détaillait notre position vis-à-vis du « Musée du Jeu Vidéo » : Avec 200 m², on ne peut pas appeler cela un musée, pour nous c’est simplement une exposition. Puisque nous n’avons pas eu la chance d’être intégrer au commissariat de l’exposition, nous nous en sommes désengagé. Nous ne pouvions pas cautionner quelque chose sur lequel nous n’avions aucune vision.


 

Vous avez votre propre projet de Musée du jeu vidéo je crois ? En quoi serait-il différent ?


 

Nous sommes sur un travail annoncé par le ministère de la culture le 26 avril dernier. Nous allons avancer vers un musée national qui sera labélisé « Musée de France ». Le plus important pour nous, c’est que les pièces d’un tel musée seront préservées par ce label. Le musée du Jeu Vidéo demeure une initiative privée et commerciale, et en tant que telle, le risque de disparition de ce qui est exposé est majeur. Dès qu’Alerte Orange et/ou l’Arche de la Défense décideront de fermer le robinet qu’est ce qui va se passer ? C’est cela qui nous préoccupe, plus que le message qui en soi ne nous parait pas très adapté, puisque l’on a l’impression d’avoir affaire à un étalage de machines sans vraiment d’explication.


 

On pourrait faire un parallèle avec le marché de l’art non ? Avec la différence entre musée privé et musée d’Etat ?


 

Exactement. C’est valable pour tout type de collection. Tant qu’il n’y a pas un support inaliénable de l’Etat, toute collection est en danger.


Le jeu vidéo, c’est du matériel et du logiciel certes, mais c’est aussi un produit culturel qui s’inscrit dans un contexte socio-économique. Un jour ou l’autre, il va aussi falloir se pencher là-dessus d’un point de vue historique non ?


Notre projet est de mettre dans notre futur musée tout ce qui est connexe au jeu vidéo et à son histoire. Le jeu vidéo est lié à des événements qui peuvent être d’ordre scientifique, technique, sociaux, voir idéologiques. Notre discours sera de montrer tout ce qui est connecté au jeu vidéo. Comment considérer Donkey Kong par exemple sans prendre en compte sa principale source d’inspiration : le Film « King Kong » de 1955 ? On a un discours qui est très axé « culture ». Le jeu vidéo sera expliqué par des faits, des rapprochements. Le jeu vidéo s’est façonné à travers différentes étapes en sein de notre société, au même titre qu’il a façonné ces mêmes étapes.


 

Que manque-t-il pour arriver à une telle vision historique du jeu vidéo ?


 

Un premier pas qui est en train d’être franchi : la création de corps de métier, de véritable professeur d’histoire du jeu vidéo. Pour le moment en France, il y a deux personnes et demie qui sont titularisés pour donner des cours d’histoire du jeu vidéo : David Téné à Supinfogame par exemple. Lorsque l’on aura des corps de formation dans des écoles publiques pour former des professeurs d’histoire du jeu. J’espère que d’ici un à deux ans, nous verrons cela apparaître.

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Les vendredi sont toujours trop longs

Posté le 21/05/2010 à 15:14 dans la rubrique Luckies

Vous avez jusqu'au 24 mai !



En ce vendredi accablé de soleil, journée on ne peut plus morose pour les vaillants bureaucrates de la nation retenus captifs devant leurs bureaux, rappelons qu’en ce moment Portal est gratuit sur Steam pour encore quelques jours.

En téléchargeant ce jeu, le temps ne passera pas plus vite, l’ennui ne déguerpira pas se planquer dans un coin, mais peut-être renoncerez-vous à vous défenestrer en lançant un pathétique et mensonger « Je voooooole ! ».

C’est déjà ça non ?


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Numéro 231

Posté le 17/05/2010 à 11:50 dans la rubrique Tiz

Le numéro 231 est arrivé, ou va arriver d'ici peu !
Voici une petite liste non exhaustive de ce que vous y trouverez :

COUV : StarCraft II. On a fait un tiers de la campagne solo.
News Reportage : Slage
Betas et Tests : RUSE, Arma 2 : Operation Arrowhead, Lead and Gold, Sam & Max Ep1 S3,
Reportage : Bulletstorm
Rezo : L4D2, Runes of Magic, iRacing, League of Legends...
Jeu complet : Fantasy Wars
+ Toutes vos rubs habituelles...






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