The cake is a lie

Test : Deadly Premonition

Posté le 24/01/2011 à 08:12 dans la catégorie Tests

Il est de ces jeux que l'on attend pas. Deadly Premonition en est le parfait exemple. Sorti en début d'année 2010 au Japon sous l'appellation Red Seeds Profile. La version X360 fut alors la seule à survivre à la traversée du Pacifique vers le pays de l'Oncle Sam, où il acquis le nom qu'on lui connait aujourd'hui. Il parvint finalement dans nos contrées fin octobre, après un dernier changement d'éditeur. Déjà, outre-atlantique, les critiques furent extrêmement partagées : entre le 2/10 d'IGN et le 10/10 de Destructoid fièrement épinglé depuis par l'éditeur sur la jaquette, il y a un gouffre qui ne relève que d'un seul terme. La subjectivité. Autant le dire sans plus attendre, Deadly Premonition est un véritable OVNI vidéoludique. Chaque interprétation étant différente, il sera très compliqué de récolter un avis unanime. Voilà donc, parmi tant d'autre, mon opinion.




Tu as vu Zach, c'est moche

 

Arrivé finalement en France en fin d'année, exclusivement sur Xbox 360, Deadly Premonition, vendu 30€, ne brille guère par son aura médiatique. Pourtant, depuis sa sortie aux Etats-Unis, le titre jouit d'un bouche-à-oreille extrêmement flatteur. Justifié pour certains, qui colportent de nombreuses éloges à son sujet, illégitime pour d'autres, qui ne voient à travers lui qu'un raté technique incroyable, une abérration au milieu de ce qui ce fait aujourd'hui.

Difficile de contredire cette dernière thèse, tant Deadly Premonition pourrait aisément concourir pour le titre de jeu le plus moche de 2010. Et encore, si seulement le constat se limitait aux graphismes. L'intitulé même du jeu est assez disgracieux et ne donne pas immanquablement envie de s'y intéresser. A ce propos, pourquoi ne pas avoir conserver le titre prévu à l'origine pour le marché occidental ? Rainy Woods semble en effet bien mieux adapté à l'aventure, en plus de paraître nettement plus distingué. Ensuite, la jaquette nous propose un gros plan plutôt hideux sur le tueur à l'imperméable, provoquant un effet une nouvelle fois assez repoussant. Vous l'aurez compris, Rising Star Games, qui édite le jeu en Europe, semble avoir tout mis en oeuvre pour que le jeu connaisse un énorme flop commercial. Etrange, non ?


Et en plus, c'est lourd

 

Et force est de constater que la valse des faux-pas se poursuit une fois le DVD inséré dans la console. On est en premier lieu confronté à une cinématique un peu kitsch tout droit sorti d'une production PS2. Une fois l'aventure entamée, on se retrouve alors aux prises avec un personnage principal souple comme un barreau de prison. La maniabilité proposée par le titre est totalement anachronique : Les déplacements sont raides, il est impossible de tirer en se déplaçant, les armes de mêlée sont plus puissantes que les armes à feu, les ennemis rencontrés semblent capables d'encaisser des chargeurs entiers avant de chuter... Des défauts qui rendent les séquences « d'action » longuettes et peu passionnantes à jouer. Et ce ne sont pas les séquences à base de QTE intégrées, durant lesquelles la moindre caisse en bois semble devenir un obstacle insurmontable, qui viendront nous faire changer d'avis...

Aussi parlera-t-on brièvement des trajets en voiture omniprésents, monde ouvert oblige, effectués à une vitesse maximale de 50 mph, au volant d'une voiture de police extrêmement rigide consommant énormément de carburant, ce qui oblige le joueur à régulièrement faire le plein dans l'unique station service de Greenvale. Fort heureusement, vous pourrez au fil du jeu acheter une voiture plus rapide, ou effectuer des missions secondaires pour améliorer la puissance de votre véhicule.

Résumons donc, le jeu est moche, le gameplay est archaïque, et malheureusement, on ne peut pas s'arrêter là. La bande son, bien que plutôt adaptée au titre, semble lancer ses morceaux n'importe où est n'importe quand, couvrant parfois les dialogues, si bien qu'il sera indispensable de baisser le volume des musiques pour obtenir un résultat satisfaisant. Les bugs sont légions, que ce soit au niveau de la bande son donc, de l'affichage des textures, parfois des sauvegardes... Il est évident que le jeu n'est, techniquement du moins, pas terminé. Et aux yeux de nombreux joueurs, ce sera suffisant pour justifier un petit passage par la fenêtre.


Mais alors Zach, pourquoi ce jeu ?

 

Mais passons maintenant aux choses sérieuses. Qu'est-ce qui a donc bien pu convaincre certains critiques ayant jugé nécessaire d'attribuer une note bien supérieure à la moyenne ? Pour y répondre, il était nécessaire de déballer, en premier lieu, tous les points faibles du jeu. Désormais, la réponse semble évidente. Qu'est-ce qui a bien pu les convaincre ? Le reste. Tout simplement.

Premièrement, Francis York Morgan, le personnage principal, profiler venu de la ville pour enquêter sur un crime sordide à Greenvale, chez les bouseux de la campagne, par intérêt pour les crimes de jeunes filles, nous dit-il. Doté d'une personnalité hors du commun, il justifierait à lui seul l'écriture de plusieurs pages. La première scène donne le ton : il conduit tout en consultant des informations sur son ordinateur portable, tout en téléphonant, tout en s'allumant une clope, le tout sous la pluie... Après un accident qui semblait manifestement inévitable, il ne semble pas étonné de se retrouver face à des humanoïdes ressemblants fortement à l'idée que nous nous faisons des zombis. Il finira par arriver à pied à Greenvale, accompagné de Zach, son ami imaginaire, avec lequel il passera son temps libre à disserter de films comme « l'attaque des tomates tueuses » ou de groupes Punk parmi lesquels « Los Ramones ». Une culture assez atypique, vous en conviendrez. Doté d'un humour de mauvais goût mais néanmoins croustillant, York (c'est comme ça que tout le monde l'appelle) vaut à lui seul le détour. Il gardera son calme en toute circonstance, capable de s'allumer une cigarette (encore, oui) sur une scène de crime particulièrement sordide.

Une telle analyse pourrait être effectuée sur un grand nombre de personnages secondaires, tant les habitants de Greenvale semblent tous vivants et uniques. On a le shériff qui se prend pour le roi de la ville, un adjoint timide spécialiste des écureuils américains, un vendeur d'arme passionné par les cartes de collection, une propriétaire de galerie d'art qui semble être la maitresse de tous les hommes de la ville, un docteur qui passe plus de temps à jouer aux échecs sur son ordinateur plutôt qu'à s'occuper de ses patients... La liste n'est bien sûr par exhaustive, et les personnages les plus intéressants sont tenus secrets pour vous laisser pleinement profiter de l'aventure. On prendra plaisir à arpenter la ville afin de rechercher des indices nécessaires pour démasquer le mystérieux tueur à l'imperméable. Dans cette optique, outre l'aspect Survival Horror, particulièrement importé de Silent Hill et ses mondes parallèles, Deadly Premonition s'inspire grandement du sytème du mythique Shenmue. Chaque personnage fait sa vie, a son travail, sa maison, fait ses trajets en voiture... La gestion de l'heure en temps quasi-réel prend alors toute son importance, puisqu'il faudra concilier ses rendez-vous, reportés au lendemain si vous les manquez, et les disponibilités de tous les suspects potentiels afin de pouvoir rencontrer chacun d'entre eux. Le joueur est véritablement impliqué comme un acteur et non pas un spectateur, comme c'est trop souvent le cas dans le jeu vidéo aujourd'hui, ne jurant que par les effets spéciaux qui vous en mettent plein les mirettes.



L'enquête, quant à elle, est passionnante. Les phases quelque peu rébarbatives des mondes parallèles, même si elles sont les seules permettant de rencontrer ce fameux « Tueur à l'imperméable », sont rapidement oubliées au profit de tout le reste. Comme quoi, même en l'absence d'action au sens strict, un jeu vidéo peut nous offrir des séquences tout à fait mémorables. Au hasard, le dialogue entre York et le grand magnat de la ville au sujet d'un sandwich à la dinde, confiture de fraise et flocons d'avoine. Le récit des précédentes enquêtes du profiler durant un diner au restaurant, proche de faire vomir ses collègues de la police locale. Ou encore, la pêche de documents confidentiels sous les torrents d'une cascade, devant les yeux médusés des observateurs... Il ne s'agit là que de séquences secondaires, mais le jeu est truffé de ces moments qui rendent le jeu inoubliable.

Passé les deux premières heures rebutantes à cause de la technique sortie d'un autre âge, le jeu est en tout point exaltant. On le dévorera durant une bonne trentaine d'heures en mode normal, quêtes annexes comprises, secoué de bout en bout par des émotions contradictoires. On rit, on pleurerait presque, on réfléchit, on saute sur son canapé en se disant « je le savais ! » avant de tomber des nues en s'apercevant que l'indice était bien sur trop énorme pour être vrai. On soupçonne, on oublie, on change de cible, on soupçonne quelqu'un d'autre... Et ce jusqu'au terme de l'aventure, unique, mémorable, inoubliable, tout en symbolisme, les superlatifs ne manquent pas.


 

Finalement, tu en penses quoi, Zach ?

 

Pour conclure, disons simplement que Deadly Premonition possède bien plus de tares que la grande majorité des productions actuelles. En contrepartie, il est doté de quelque chose qui se fait de plus en plus rare dans le jeu vidéo. Une âme. La profondeur de son scénario est immense, ses personnages attachants, certaines de ses répliques complètement cultes, l'immersion totale. Finalement, les défauts pouvant paraître rédhibitoires deviennent alors simplement secondaires. On oublie l'aspect graphique. Il y a une sorte de trou béant qui apparaît sur l'écran, vous invitant à littéralement entrer dans l'expérience. Difficile de refuser une telle invitation, surtout à 30€. Deadly Premonition est une expérience unique, tout simplement, peut-être la plus singulière depuis Silent Hill 2. Un jeu qui a tout pour devenir culte, assurément, si le bouche-à-oreille et les avis positifs continuent à envahir la toile. Dommage cependant qu'il n'aie pas bénéficié d'un travail technique à la hauteur de sa profondeur.

 

Moche, repoussant, injouable, buggé, Deadly Premonition a, au premier abord, tout pour repousser n'importe quel joueur censé. Cependant, après quelques heures de jeu, le constat est tout autre. Passionnant, attachant, unique, intelligent, provoquant des émotions rarissimes en jeu vidéo. Pour les joueurs capables de passer outre l'aspect technique du jeu, et désireux de s'investir dans une expérience hors du commun, le titre d'Acces Games est sensationnel, il vous gardera en émoi de longues heures durant. Il vous offrira une expédition unique, tant au sein d'un village tourmenté par la violence, la folie et le mal, qu'au sein de l'esprit tourmenté d'un seul homme, York, qui semble lié malgré lui aux faits sur lesquels il enquête inlassablement depuis des années. Etonnamment, Deadly Premonition est peut-être l'exclusivité Xbox360 la plus incroyable de l'année 2010, malgré les Alan Wake, Halo Reach ou Fable III. La forme ne fait pas tout. Dans le cadre de Deadly Premonition, elle ne fait même rien. Les apparences sont parfois trompeuses.



 

Les points positifs :

Francis York Morgan et son ami Zach

Greenvale et ses habitants

Une aventure indescriptible

L' immersion

 

Les points négatifs :

Les graphismes

La jouabilité

Tout ce qui est technique, en fait

 

Verdict :

18/20

Zach, tu dois jouer à ce jeu.

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Leinhart
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